Au Diable la Foi

Chapitre 1 : la légende de mon ancêtre

 

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— … et quand la nuit tombait, il ressortait de la cave pour rejoindre son frère, racontait une femme assise sur le bord d’un lit d’enfant. Leur quiétude dura plusieurs années et plusieurs générations, mais à cause du Chasseur, ils ne pouvaient vivre heureux car ils étaient toujours menacés. Alors, l'un des descendants du frère passa un pacte avec le vampire, liant ses yeux au cœur inanimé du monstre pour qu'il puisse l'aider lui, ses enfants et les enfants de ses enfants, si jamais le Chasseur les retrouvait.

Les yeux grands ouverts, le petit garçon répondant au doux nom de Vivence demanda comment on pouvait appeler le vampire.

— Il faut poser ses mains sur ses yeux et prononcer le nom du vampire six fois.

— Et quel est son nom ?

— Antenore.

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Cela faisait bien des années que la mère de Vivence était morte et ne pouvait plus lui raconter chaque soir la légende du vampire et de toutes les aventures qu'il avait vécues au cours de la longue vie.

Depuis, Vivence avait visité pas mal d'orphelinats et de familles d'accueil avant d'avoir enfin dix-huit ans et d'être livré à lui-même.

Oh, bien sûr, il ne vivait certainement pas dans le luxe : il logeait dans un studio au sixième étage d'un immeuble sans ascenseur, travaillait à temps plein dans un bar et faisait plusieurs petits boulots au noir à côté pour pouvoir payer son loyer et ses factures. Il lui arrivait même parfois de faire des choses pas vraiment légales pour s'en sortir, même s'il ne s'en vantait pas.

C'est pourquoi il était épuisé quand il tourna la clef de la porte de son appartement pour rentrer chez lui. Il était près de trois heures du matin. Il aurait aimé rentrer si tard à cause d’une soirée entre amis… Mais sa vie était bien moins intéressante : il avait simplement travaillé au bar jusqu'à tard. De toute façon, il n'avait pas vraiment d'amis.

De temps en temps, comme ce soir-là, de vieux alcooliques venaient pleurer leur vie ratée sur le comptoir, réclamant bouteille sur bouteille. Vivence avait beaucoup de mal avec ce type de personnes, il manquait irrémédiablement de compassion envers leurs problèmes… Cette fois-là, il avait dû attendre jusque très tard que les derniers poivrots rentrent chez eux pour être enfin libéré.

Il soupira et ferma la porte de chez lui.

— Bonsoir.

Vivence fit un bon de surprise avant de tâtonner frénétiquement sur le mur à ses côtés, jusqu'à trouver l'interrupteur qu'il écrasa, inondant la pièce de lumière.

Un homme se trouvait là, nonchalamment appuyé sur un des murs et les bras croisés sur son torse. Il était brun et plutôt grand, vêtu d'habits sales et sombres. Il n'avait pas l'air très menaçant, mais il pouvait toujours dissimuler une arme sous ses vêtements amples, pour ce qu'il en savait.

Vivence avait déjà été confronté à ce genre de situation, mais c'était la première fois qu'un inconnu étrange s'introduisait chez lui. Et cela ne le rassurait pas du tout.

— On se connaît ? Demanda-t-il même s'il savait que ce n'était pas le cas.

— Pas personnellement, non, répondit l'intrus d'une voix neutre. Mais je connais quelqu'un de ta famille.

— Oh, ça m'étonnerait, répliqua Vivence. Je n'ai pas de famille. Alors qu'est-ce que vous faites là ?

En prononçant ces mots, il était passé devant lui pour poser sa veste sur le canapé, dans une imitation de nonchalance qu'il ne ressentait pas le moins du monde.

— Pas de famille, hein ? Répéta l'importun avec un sourire froid. Même pas un certain Antenore ?

« Comment s'appelait le vampire, maman ? »

— Non, ça me dit rien, mentit Vivence en tentant de ne pas montrer sa nervosité.

— C'est étrange que vos parents ne vous en aient pas parlé avant de mourir. Pourtant n'est-ce pas une tradition, chez la famille d'un vampire, de s'informer de tout ce qui le concerne ? Le sortilège de cette vieille sorcière n'était tout de même pas votre seule défense ?

— Je ne comprends pas de quoi vous parlez, répondit Vivence d'une voix lasse. Vous devriez rentrer chez vous, je suis fatigué, et il n'y a rien à voler ici.

En un instant, l'homme fut dans son dos, quelque chose de froid plaqué sur la gorge de Vivence.

En temps normal, il serait resté calme sans être spécialement étonné. C'est ce qu'il aurait fait si seulement la lame qu'il s'attendait à voir apparaître ne faisait pas cinquante centimètres de long. Ce qui n'était clairement pas habituel, même chez les pires voyous que Vivence fréquentait !

— Je suis Cirillo, mais il est possible que ta famille me connaisse sous le nom de « Chasseur », non ?

Vivence écarquilla les yeux, incrédule. Le Chasseur ! Le Chasseur comme celui des histoires, celui qui poursuivait le frère de son ancêtre et voulait tuer sa famille ? Et il était là, dans son salon ! Qui plus est, il semblait motivé à le tuer… Et ça, ce n'était pas bon !

« Maman, comment on fait pour appeler le vampire pour qu'il nous protège ? »

« Il faut poser ses mains sur ses yeux et appeler le nom du vampire six fois. »

Bien sûr, ce n'était pas pratique. Comment pouvait-il mettre les mains sur ses yeux ? S'il faisait le moindre mouvement, le Chasseur pourrait décider de lui trancher la gorge !

— À présent, j'aimerais que tu me suives, jeune homme…

— Comment êtes-vous rentré chez moi ? Qu'est-ce que vous me voulez ?

Sans lui répondre, le Chasseur le retourna puis commença à le pousser vers la sortie, avec une telle force que Vivence se sentait incapable de la moindre résistance. Alors, en dernier recours, il ferma les yeux le plus fort possible et répéta « Antenore » un nombre de fois incalculable mais qui devait certainement dépasser les six et plutôt frôler la vingtaine.

Ignorant sa tentative, le Chasseur lui intima :

— Reste calme le temps que je t’emmène…

— Nulle part, Cirillo, le coupa quelqu'un. Au contraire, tu devrais t'éloigner de lui.

Vivence sursauta, surpris par la voix étrangère qui venait de stopper le Chasseur.

Du coin de l’œil car il n'osait pas tourner la tête, il vit un autre homme, presque un adolescent, assis sur le rebord de sa fenêtre avec un sourire étrange accroché aux lèvres. Il avait des cheveux roux coupés inégalement et des yeux rouges sang. Vivence ne put que le trouver charismatique, bien qu'un peu trop chétif pour qu'il le considère comme intimidant, contrairement à son agresseur.

— Te voilà enfin, vampire...

Écarquillant les yeux, Vivence ne parvint pas à en croire ses oreilles.

Antenore, celui dont sa mère lui avait tant de fois parlé, était un gringalet roux ? Les vampires n'étaient pas censés être grands, bruns et ténébreux ? Le garçon qui se tenait devant eux ne ressemblait en rien à celui qu'il s'était imaginé toutes ces années.

— Bonjour, Cirillo, répondit le-dit vampire. C'est ça ta nouvelle apparence ? Ça change de la dernière.

— Cette fois tu vas mourir Antenore. Et ta descendance avec !

Un sourire étira ses lèvres en réponse, montrant à quel point le vampire était confiant malgré la situation, contrairement à Vivence qui avait toujours une lame contre la gorge. D'une voix nonchalante, le nouveau venu répondit :

— Tu as mal choisi ton jour, pas de chance. Je viens tout juste de me nourrir alors que, toi, tu viens d'utiliser une grande part de ton énergie pour trouver mon petit-neveu. Je suis en position de supériorité, donc…

Sans même qu'il finisse sa phrase, Antenore bougea. Tout se passa en un instant, plus rapide que ce que les yeux de Vivence étaient en mesure de percevoir. Le vampire fut brusquement tout contre lui et passait son bras par-dessus son épaule pour saisir le visage du chasseur d'une main, tandis que l'autre agrippait la hanche de Vivence… et le balançait sans ménagement sur son canapé défoncé.

Il ne s'était d'ailleurs jamais autant rendu compte de l'inconfort du canapé que cette fois-là, alors qu'il passait par-dessus le dossier dur du meuble.

En se redressant difficilement, il observa avec horreur son salon se faire ravager par les deux adversaires qui s'échangeaient des coups de poing ou d'épée, avec une force et une vitesse qui n'avaient rien de normal.

Il n'y avait rien de valeur chez lui, seulement, c'était tout ce qu'il possédait... et ces intrus étaient en train de tout ravager !

Il fallait qu'une telle chose lui arrive à lui… C'était un cauchemar, pas vrai ?

Soudain, le vampire parvint à frapper le Chasseur du plat de la main et ce dernier fut éjecté en arrière, tombant sur une étagère qui se brisa sous le choc, déversant sur l'homme tout ce qu'elle soutenait.

— Debout petit, on décolle !

Vivence fut attrapé par les bras étrangement forts de l'adolescent roux qui le souleva littéralement du sol. Le vampire lança un sourire amusé au Chasseur encore étourdi, sauta par la fenêtre... et atterrit dans une grotte.

Clignant des yeux, Vivence n'avait pas la moindre idée de la manière dont il était arrivé là.

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Comme un retour à la vie

L'homme de la nuit vint chercher son héritier

Et la surface s'éloigne à nouveau

Pour l'homme aux cheveux de jour

Retournant vivre dans la nuit.

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