Au Diable la Foi

Chapitre 18 : Les mortels

Bien des années avaient passé depuis la naissance de Lanzo, la mort de Vivence et la transformation de Cirillo.

Les deux vampires avaient choisi de vivre leur premier siècle ensemble dans une autre chambre de la Grotte, laissant Lanzo et Klaus dans l'ancienne. Cirillo développait très rapidement ses capacités vampiriques et faisait preuve d'une puissance dont assez peu de ''nouveaux-nés'' étaient capables, pour le plus grand plaisir et la fierté d'Antenore. C’était probablement une conséquence de son passé de Chasseur, qui faisait de lui un humain puissant ayant un grand contrôle sur son corps comme sur la magie. Même si la force divine lui était désormais inaccessible, il apprenait déjà à maîtriser celle des créatures de la nuit, et s’en sortait correctement.

Lanzo, de son côté, avait décidé le jour de ses dix-huit ans de devenir sorcier. Ce rôle était traditionnellement féminin et il aurait probablement des difficultés, en tant qu’homme, à s’intégrer dans les confréries de sorcières, mais le changelin était déterminé à passer toutes les épreuves nécessaires. Accompagné de son golem de ronce qui le protégeait envers et contre tout, il visitait les divers repères qui, comme la Grotte en Europe, abritaient les créatures à travers le monde. Il désirait apprendre toutes les magies existantes. Heureusement, son statut de changelin ainsi que sa longévité naturellement plus élevée que celle des humains, semblaient le prédisposer à réussir.

Ainsi, Klaus se retrouvait seul dans l'ancienne maison d'Antenore. Il avait abandonné sa meute depuis trop de temps, bien plus concentré sur l'homme qu’il devait protéger puis le garçon qu'il élevait, pour qu'il puisse espérer la réintégrer vraiment un jour. À part les nuits de pleine lune, il n’était plus le bienvenu dans la communauté.

Heureusement, Arnaud venait souvent lui rendre visite afin de discuter un peu avec lui, et lui remonter le moral. Au fil des années, ils s’étaient rapprochés suffisamment pour que Klaus dépasse ses réticences premières, et commence à ouvrir son cœur à l'incube qui était devenu son ami.

Seulement, Klaus n'était ni un vampire immortel, ni un incube prolongeant son espérance de vie à chaque repas. Il était devenu vieux et n'avait même plus la protection du fils de Vivence pour justifier sa présence dans la Grotte, ni dans ce monde. Alors, jour après jour, il dépérissait un peu plus.

— Tu ne devrais pas te laisser aller ainsi, murmura Arnaud en caressant la chevelure blanche de son ami.

Klaus avait eu une poussée de fièvre, la veille, qui l'avait forcé à rester au lit toute la journée. Arnaud l'avait veillé après l’avoir amené dans sa propre chambre, et profitait maintenant de son réveil pour lui faire la morale. Klaus n'avait pas envie de protester, mais il répondit néanmoins :

— Je suis vieux maintenant, Arnaud. Et cela ira de pire en pire avec le temps.

Arnaud soupira et ferma les yeux douloureusement. Il était beau, aussi beau que la première fois que Klaus l'avait vu, alors qu’il le prenait pour un intrus et une menace pour Vivence. Et le loup-garou avait la certitude qu'il ne pourrait plus le contempler encore longtemps, qu'il arrivait au bout de son chemin.

Alors, il se décida à faire sa dernière demande :

— Arnaud, embrasse-moi.

Aussitôt, l'incube voulu retirer ses mains mais Klaus le retint en lui attrapant le poignet, se redressant en position assise. Arnaud secoua la tête de gauche à droite, incapable d'accepter ce que le loup-garou lui demandait. Cependant, Klaus avait pris sa décision, et après tant de décennies à se retenir, Arnaud méritait d'accomplir enfin ce dont il rêvait.

— Je vais mourir dans tous les cas. Pourrais-tu me permettre de le faire dans tes bras ? Je t’en prie…

Ils restèrent plusieurs secondes sans rien dire, puis le regard qu'Arnaud détournait jusqu'à présent se posa à nouveau sur lui.

Et il accepta.

.

Arnaud l'avait fait plus de mille fois et, depuis longtemps, il n'avait même plus besoin de ses pouvoirs pour faire tomber les humains sous son charme… Les humains, mais pas que. Aujourd'hui, ce n'était pas un humain qui était dans sa chambre, pas un humain qui le fixait avec désir, pas un humain dont la peau reflétait la lumière orangée des bougies parsemant les murs.

Lentement, l’incube se mit debout et porta une main à sa propre épaule pour repousser le tissu qui la recouvrait, tandis que l'autre glissait sur son ventre pour défaire le pantalon.

Il sentait le regard de son bientôt amant vrillé sur lui, et eut presque envie de faire durer cette attente des années, simplement pour voir ce désir dans les yeux de l'homme, cette envie silencieuse qui brûlait sous ses paupières… Pourtant, Arnaud retira son pantalon et sa chemise sans chercher à le faire patienter, puis les fit glisser jusqu'au sol, offrant sa nudité sans pudeur au regard de l'autre.

Le loup-garou qui fut longtemps son ami serait bientôt son amant. Un amant comme il y en avait eu mille autres avant lui, un amant qui succomberait avant la fin de la nuit, parce que personne ne peut survivre à l'amour d'un incube.

Pendant longtemps, Arnaud avait ignoré ses sentiments, mais aujourd'hui, il ne le ferait pas. Parce que Klaus avait raison : il n'avait plus longtemps à vivre… C'était son droit de choisir sa mort, Arnaud ne pouvait pas lui enlever cela.

L'incube ne remonta pas sur le lit, se contentant de se pencher pour prendre les lèvres du loup-garou, savourant la douceur de sa bouche et la délicatesse de sa réponse. Il porta une main vers son visage et, de la pulpe de ses doigts, retraça les courbes de sa joue et de son menton.

Il n'était plus aussi jeune qu’à leur rencontre, de jolis creux parcouraient sa peau, marquant son front, ses yeux, sa bouche, sa gorge... traçant des courbes harmonieuses et douces, des rivières plus sombres que le reste de sa peau. Il était beau comme seules les personnes âgées peuvent l'être.

Une main vint se glisser contre son cou et se plaça sur sa nuque, l'invitant à se rapprocher. Alors, Arnaud se rapprocha. Il posa un genou à côtés des hanches de son amant, l’enjambant délicatement pour prendre sa bouche avec plus de tendresse encore, glissant ses deux bras sur ses épaules de manière à ce que la position semi-assise ne lui fasse pas mal.

— Quelle merveilleuse façon de terminer une vie, murmura le loup-garou.

Il y avait une telle révérance dans sa voix, lorsqu'il dit cela, qu'Arnaud dut s'arrêter quelques instants, posant son front sur les cheveux blancs pour plonger ses yeux dans ceux du loup-garou.

Klaus n'avait pas peur. Il savait ce qui l'attendait à la fin de leurs ébats, mais il était serein, comme s’il ne pouvait que l'accepter avec bonheur. Il était certainement le premier à être aussi tranquille face à la fin de sa vie. Il n'était pas si vieux, pourtant, il aurait pu vivre encore dix ans de plus sans que son corps ne le trahisse… Cependant, ce n'était pas son corps qui était fatigué, Arnaud pouvait le comprendre.

Être au service d'une ensorceleuse ne pouvait que détruire l'âme. Personne ne sortait intact d’une relation malsaine sous la domination du Chaperon Rouge. Klaus avait vu sa plus grande mission échouer et ce à quoi il se raccrochait jusqu'alors venait de partir loin de lui. Comment ne pas être fatigué de vivre, dans ces conditions ?

Sous le regard ému qu’Arnaud lui dédiait, Klaus ferma les yeux. Ils recommencèrent à s'embrasser, le loup laissant ses mains parcourir son torse et ses hanches. Il prenait son temps, sans la moindre trace d'hésitation : lui aussi avait dû avoir d'autres amants ou amantes dans sa vie.

Ses gestes étaient agréables, et pour la première fois depuis qu'Arnaud avait commencé à utiliser son don, il trouva du véritable plaisir dans le sexe, autre que la simple satisfaction d’un bon repas.

Coucher avec Antenore était pourtant fabuleux, mais son aura et la puissance de sa magie l’étouffaient presque. Il n’y avait rien de cela avec Klaus : c’était à peine nourrissant pour le corps, mais son cœur, lui, gonflait à chaque seconde plus puissamment.

Doucement, Arnaud demanda à son amant de s'allonger sur le dos. Quand ce fut fait, il entreprit de le déshabiller, bouton par bouton, s'attardant sur chaque attache pour savourer la peau se découvrant progressivement à ses yeux.

Il prit ensuite le temps de parcourir cette surface de ses lèvres, ses mains sagement posées sur les draps du lit, embrassant plus que ne léchant, bien que sa langue vienne de temps à autre goûter la peau légèrement salée.

Il l'aimait, soudain, encore plus qu'il ne l'aimait depuis tout ce temps.

C'était une sorte de tendresse mêlée à un respect et à une tristesse immense. Un amour terriblement puissant, mais qu'il savait sur le point de prendre fin…

Arnaud ne voulait pas qu'il meure, il voulait que Klaus reste à ses côtés pour toujours. Il ne voulait pas continuer de voir passer des amants de quelques heures, même si laisser des cadavres derrière soi pour conserver sa propre vie était dans la nature de son espèce. Aujourd'hui, Arnaud ne voulait plus agir ainsi, il ne voulait pas refroidir ce corps-là, il ne voulait pas éteindre cet homme-là...

Il sentit les larmes couler sur ses joues, mais tenta de les ignorer, jusqu'à ce que le loup-garou lui prenne délicatement le visage entre ses mains pour le faire remonter jusqu'à lui. Arnaud le laissa embrasser ses joues et lécher ses larmes, puis plongea son regard encore humide dans celui de son amant qui lui souriait doucement.

Tout va bien, lui disait les yeux.

Alors Arnaud se dit que oui, tout irait bien. Même s'il détruisait encore une vie aujourd'hui. Ce serait la dernière.

Un sourire douloureux étira ses lèvres, et il s'assit à ses côtés pour pouvoir plus aisément libérer les hanches de son amant de ses vêtements. Il continua à lui embrasser le visage, la gorge et le torse, savourant le contact des mains de Klaus sur son dos. L'une d'entre elles glissa jusqu'à sa chute de rein, qui fut un moment tourmentée de caresses.

C'était la première fois que quelqu'un prenait le temps de faire ça, les incubes ayant un corps conçu pour ne pas avoir besoin de ce genre de préparation. Pourtant, c'était agréable et Arnaud était à mille lieues de lui reprocher cette attention. En retour, il s'appliquait davantage à donner du plaisir au membre du loup-garou qui gonflait de plus en plus.

Quand sa respiration commença à se précipiter, Arnaud décida qu'il était temps. Il se redressa et enjamba à nouveau ses cuisses, puis se pencha pour embrasser encore les lèvres si douces du vieil homme. Il glissa une main entre ses jambes pour prendre le membre du loup-garou en main et le guider jusqu'à lui.

Il l'avala lentement, sans la moindre douleur, presque jusqu'à la garde du premier coup.

Arnaud ne bougea pas tout de suite, observant les traits de son amant n'exprimant que le plaisir et le bonheur. Les larmes recommencèrent à couler sur ses joues, et il entama le mouvement, roulant tout d'abord simplement les hanches, attentif aux moindres crispations du visage ridé, puis se redressa à peine pour mieux s'enfoncer.

Arnaud ne voulait pas presser la jouissance, il voulait profiter et faire profiter de cet échange. Il voulait voir cet homme en vie le plus longtemps possible, même si cela faisait mal, même si son corps n'était pas fait pour recevoir ce genre plaisir, et encore moins aussi longtemps. Il devait prendre de l'énergie et donner du plaisir en échange, il n'avait pas été conçu pour le partager... Et pourtant, aujourd'hui, il le ferait.

Peu importe s'il en souffrait dans les jours à venir. Parce que s'il était en vie, son amant, lui, ne respirerait même plus, ne bougerait plus, ne serait plus qu'une coquille froide sous terre ou serait réduit en cendres.

Il pleura encore, et il se sentait pitoyable d'agir ainsi. Mais que pourrait-il faire d'autre ? Il se sentait si mal, impuissant et malheureux…

Et son amant lui disait que tout allait bien, le lui répétait de sa voix cassée par le temps, une voix bien trop sereine et bien trop douloureuse pour ne pas faire couler encore plus de larmes.

Pourquoi leur histoire devait-elle se finir comme cela ? Pourquoi était-il à ce point incapable de changer les choses... ? Il aurait tant voulu être puissant, suffisamment puissant pour pouvoir partager cette vie, cette énergie avec les hommes qu'il aimait, avec ce loup-garou qui méritait lui-aussi l'immortalité à ses côtés, comme Antenore avait offert à Cirillo la possibilité de rester auprès de lui.

Arnaud aurait tant voulu pouvoir être utile aux autres, pour une fois dans sa vie...

Mais les incubes n'étaient pas faits pour être utiles, alors Arnaud cessa de se tourmenter et posa un masque sur ses traits. Il se força à sourire, sécha ses yeux et détendit les traits de son visage.

Il s'appliqua alors à donner à Klaus plus de plaisir qu'aucun humain ou loup-garou n'aurait jamais pu lui offrir. Même sans ses pouvoirs, Arnaud savait chaque point sensible des hommes, et au bout de bien peu de temps, il trouva ceux de son amant.

Arnaud rejeta la tête en arrière, fermant aussi fort que possible ses paupières pour arrêter ses larmes. Il accéléra encore, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus retenir les cris de douleur et de plaisir mêlés, pour la première fois après tant d'années de sexe sans plaisir et avec bien peu de sentiments…

D'un seul coup, l'énergie du plaisir de son amant monta en lui, plus forte que celle qu'il recevait habituellement, mais moins abondante, comme il le voulait, pour ne pas s'arrêter là. Cette nuit sera la plus longue que son amant n'aie jamais vécue. Arnaud l'étirera pour allonger sa vie, pour que sa vieillesse s'intensifie mais ne rejoigne pas la faucheuse, que l'incube le garde auprès de lui encore et encore, que Klaus ne le quitte jamais…

Ce dernier avait cessé de répéter que tout allait bien. Il ne disait plus rien, son souffle était erratique, légèrement sifflant. Un souffle fatigué par l'âge.

Arnaud, au prix d'un effort plus difficile qu'il ne le pensait, parvint à ouvrir les yeux. Il était si beau, cet être dont la vie était drainée en même temps que le plaisir montait. Arnaud contempla le corps de son amant, sa peau ondulée recouverte de sueur et son visage fatigué. Leurs regards se croisèrent et les yeux du loup-garou brillaient comme des étoiles. Les pattes d'oie à côté de ses yeux s'accentuèrent et Arnaud hoqueta en sentant une main se saisir de son membre, tant il ne s'y attendait pas.

Il voulut lui dire que ce n'était pas la peine, mais Klaus commença à le masturber et l’incube ne put rien prononcer. Son esprit sembla se liquéfier sous cet assaut, de même que ses jambes qui peinaient à le soulever pour se mouvoir autour du membre en lui, comme si ces simples mouvements autour de sa virilité le vidaient complètement de ses forces.

C'était la première fois qu'il se sentait ainsi. Malgré sa longue expérience, il ne savait plus quoi faire, quoi dire ou quoi toucher… C'était la première fois qu'il pratiquait avec quelqu'un qu'il aimait et qui était capable de lui faire ressentir ce plaisir.

Au fur et à mesure, pourtant, les gestes se firent plus lents.

Arnaud retrouva progressivement ses esprits, et prit conscience que son amant était pratiquement vidé de son énergie. Il était donc temps de terminer les choses en beauté, comme on envoie un bouquet final dans les feux d'artifices que les humains affectionnent…

Tout irait bien, Klaus l'avait dit lui-même.

— Merci Arnaud, merci pour tout…

Il ne répondit pas, il ne répondait jamais durant l'amour. À la place, il sourit et accéléra doucement le mouvement, sentant son amant plus dur encore en lui. Puis arriva le tressautement, l'explosion, et le relâchement du corps. Un relâchement bien plus intense qu'aucun orgasme ne devrait provoquer.

Arnaud resta encore un instant dans la même position, son souffle reprenant un rythme normal, acceptant difficilement la sensation de ce corps perdant la vie alors qu'il était encore en lui.

Finalement, il se détacha puis s'allongea aux côtés de cet homme si puissant, observant son visage où la force du loup était encore visible dans ses traits détendus et creusés. Il posa une main sur son torse silencieux et son nez s’emplit de l'odeur musquée de la semence du loup-garou.

Peut-être était-il temps pour lui aussi de laisser la vie derrière lui. Il était fatigué de tout cela, alors peut-être pouvait-il juste y mettre fin…

Lui non plus ne voulait pas être seul dans cette vie. Et il venait de tuer celui qui comptait le plus au monde à ses yeux, même s'il ne lui avait jamais dit, même s'il n'avait jamais essayé de lui faire comprendre. Klaus était parti sans avoir deviné que, depuis bien des années, le cœur d'Arnaud ne battait plus que pour lui.

Il se releva, attrapant un des côtés du drap pour le rabattre sur le corps de son amant d'une nuit, de sa plus belle et terrible nuit. Il se leva ensuite doucement du lit, la douleur de son corps lui crispant les membres sans qu'il ne cherche à échapper à cette souffrance.

Un instant, il pensa à Antenore, se demandant s'il devait lui laisser une lettre ou quelque chose... Mais il ne savait pas comment le vampire allait réagir ou ce qu’il aimerait lire de lui. Ils avaient été voisins et amis durant plusieurs décennies, jusqu'à ce qu'Antenore s'éloigne, lorsqu'il avait pu élever Cirillo puis le transformer. Malgré cela, Arnaud se rendait compte qu'il ne savait que bien peu de choses sur le vampire… Comme quoi, il ne savait pas profiter de sa vie.

Alors, autant la laisser.

Il songea un instant à s'habiller, mais y renonça rapidement : quoi de mieux pour un incube de finir son existence dans son plus bel apparat ?

Ouvrant sa porte, il sortit de la chambre dans laquelle il avait vécu tant d'années. Il la referma ensuite tranquillement derrière lui, sans chercher à fermer à clef puisqu'il n'avait plus rien à protéger à présent. Se moquant des regards attirés par sa beauté entièrement dévoilée, il s'avança jusqu'à la bordure de pierre, à proximité de la passerelle, et regarda en bas. Avec une certaine mélancolie, il observa les différents étages qu'il n'avait pas ou peu visités, et les quelques créatures qui s'y baladaient en ce moment.

Il utilisa ensuite toute l'énergie récoltée cette nuit pour former un bouclier magique autour de lui, tel qu'aucune créature ne puisse l'approcher. Il étendit alors les bras de chaque côté en inspirant profondément, une toute dernière fois, puis se laissa tomber en avant pour être englouti par le vide.

La chute fut courte mais elle lui sembla longue. Peut-être comme cette dernière nuit l'avait été en réalité.

Heurter l'eau détruisit son bouclier plus sûrement que si une ensorceleuse l'avait privé de sa magie, et il sentit son corps se briser sous le choc.

Il n'y eut qu'un court instant de flottement, cette fois il en était sûr, avant que les sirènes ne se jettent sur lui. Elles l'entraînèrent vers les profondeurs pour le dévorer, afin qu'il rejoigne les restes de multiples immortels fous qui s'entassaient là depuis la nuit des temps.

Il sentit ses membres se faire arracher un à un, une bouche pourvue de centaines de petites dents se referma sur son visage, et il perdit connaissance.

À jamais.

.

Quoi de plus tragique,

Quoi de plus beau,

Qu'un départ par amour,

Par désespoir et par solitude ?

L'homme qui vivait par loyauté

Et celui qui vivait par plaisir

Se sont enfin liés,

Scellant ainsi dans la nuit

L’éternité de leur ferveur.

.

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