Au Diable la Foi

Chapitre 5 : le loup

 

Le Chaperon Rouge n'était pas la plus ancienne du monde, non, elle n'était même pas la plus vieille des habitants de la Grotte. Par contre, elle était suffisamment âgée pour avoir de l'expérience, elle avait eu le temps de se faire des alliés, et surtout de constituer une armée à ses ordres.

Elle se rappelait parfaitement son premier ennemi, bien sûr, celui qu'elle ne pourra jamais détruire, qui la gardera éternellement en vie. Si elle ne pouvait pas l'avoir, lui, elle pouvait avoir son espèce à ses pieds, et en plus de mille ans, elle avait pu conquérir ce peuple sauvage qui avait besoin d'un maître autant qu'elle avait envie d'armée.

C'était eux qu'elle irait voir ce jour-là, pour son cher et insupportable vampire.

Elle sortit de sa chambre et descendit dans les étages inférieurs de la Grotte. Elle constata avec satisfaction que les créatures qui s'y trouvaient actuellement reculaient face à elle. Sa puissance ne trompait personne, même ceux de la surface la ressentaient, les habitants de la Grotte y étaient donc d'autant plus sensibles… Ce qui lui plaisait beaucoup.

Elle rabattit la capuche de son chaperon sur ses cheveux blonds et traversa une première passerelle. Une fois arrivée à son centre, elle jeta un coup d'œil aux sirènes nageant dans le bassin au fond de la Grotte, et ne put s'empêcher de sourire.

Comme elle était impatiente de voir quel genre de fou deviendrait Antenore... Il sera sans le moindre doute sublime en sombrant dans la folie. Ses cheveux roux avaient toujours plu au Chaperon, elle ne pouvait qu'imaginer ce à quoi ils ressembleraient une fois collés par le sang de centaines d'humains… Un spectacle à ne pas manquer, elle se le jura.

Secouant légèrement la tête pour chasser ces pensées de son esprit, elle entreprit de traverser la passerelle.Le descendant du frère d'Antenore l'attendait.

.

Vivence était étalé dans l'immense lit du vampire, regardant les heures défiler comme s'il pouvait en déduire les pertes financières qu'elles représentaient.

Comment allait-il pouvoir payer son loyer à la fin du mois ? Devra-t-il encore faire du trafic pour garder son appartement ? Ce ne serait pas la première fois, mais il n'avait jamais aimé être dans l'illégalité. Néanmoins, s'il le fallait vraiment, il n'y aurait pas à le lui répéter deux fois.

Vivence savait que l'on ne pouvait pas toujours faire ce qui nous arrangeait, si l'on veut avoir un niveau de vie un minimum acceptable. Il n'avait pas eu beaucoup de chance, surtout depuis la mort de ses parents, et pourtant il n'était pas du genre à désespérer. C'était ce que l'on pouvait appeler la rage de vivre, il supposait… S'en sortir coûte que coûte, quel que soit ce qu'il devait affronter en retour, en acceptant les sacrifices comme une fatalité, pour moins en souffrir.

C'était sa mère qui lui avait appris cela, dès son plus jeune âge. À travers les histoires qu'elle racontait sur ses ancêtres, sur Antenore, il avait compris qu'il devait se battre quel que soit le but qu'il voulait atteindre. Et ce n'était pas maintenant qu'il voyait les légendes de son enfance, en chair et en os devant ses yeux, qu'il allait changer sa façon de faire.

— Bon, déclara-t-il en se redressant en position assise. C'est décidé, je vais m'enfuir coûte que coûte de ce…

La porte s'ouvrit brusquement, lui coupant la parole et dévoilant une toute petite fille blonde vêtue tout de rouge, une capuche remontée sur la tête. Elle avait l'air joyeux, et pourtant rien que la voir entrer dans la chambre (qui n'était pas censé être accessible aux inconnus) lui donna des frissons dans le dos, inexplicablement.

— C'est toi le descendant du frère d'Antenore ?

La phrase mit un certain temps pour atteindre le cerveau de Vivence qui finit par hocher la tête.

Elle lui répondit d'un adorable sourire ravi avant de lui dire :

— Prépare-toi, petit Vivence, dès qu'Antenore revient, je t'emmène.

— Vous êtes qui ?

Faisant mine d'être confuse, car elle ne l'était probablement pas en réalité, elle lui tendit une main (une minuscule petite main de petite fille qui n'allait pas du tout avec son air d'adulte) en se présentant :

— Chaperon Rouge, ensorceleuse, ravie de te rencontrer.

Après lui avoir maladroitement serré la main, de trop nombreuses (aux yeux de Vivence) minutes, passées dans un silence lourd et embarrassant, jusqu'à ce que le vampire rentre enfin chez lui.

En une phrase à peine, l'ensorceleuse déclara à Antenore qu'elle avait trouvé ce qu'il attendait. Le laissant ensuite en plan dans la chambre, elle traîna Vivence à travers la ''Grotte'' pour l'emmener aux étages inférieurs. Elle l'avait alors fait téléporter de la même manière qu'il était arrivé là. Comme Vivence souffrit moins du voyage, il supposa qu'il était moins éprouvant de le faire du bas de la grotte, puisqu'il s'était sentit réellement mal lorsque Antenore l'avait amené directement à son étage.

Ils arrivèrent au milieu d'une forêt plutôt glauque, et assez sombre, dans la mesure où le soleil n'était pas encore tout à fait levé. La petite fille se mit à crapahuter joyeusement à travers les buissons et les arbres. Elle semblait particulièrement apprécier avoir une attitude en décalage avec ce qu'elle disait ou avec l'environnement dans lequel elle évoluait, ce qui mettait le jeune homme plutôt mal à l'aise. Probablement à dessein.

Vivence la suivit donc en silence tout en jetant des coups d'œil nerveux autour de lui. Il se sentait observé, et avait comme l'impression que ce n'était justement pas une impression.

Cela se confirma quand des grognements s'élevèrent un peu partout autour d'eux, le rendant sérieusement inquiet. Il eut beau regarder autour de lui, il ne voyait personne. Pourtant, normalement, il aurait dû voir des yeux jaunes ou rouges luire dans l'obscurité, comme dans les légendes ! Non... ?

Alors qu'il se disait cela, le Chaperon s'arrêta et se tourna brusquement vers lui, faisant taire les grognements quand elle prit la parole en haussant le ton :

— Qu'un loup s'avance maintenant !

Sa voix était bizarre, c'était un peu comme si elle résonnait de loin, comme si elle était plus profonde. Il devina qu'elle devait être emprunte de magie pour se faire obéir.

Un jeune homme, visiblement plus âgé que Vivence, sortit alors des ombres de la forêt. Il était brun, l'air grognon mais baissant le regard de soumission ou de frayeur devant la petite fille. Elle le dévisagea un moment, de haut en bas, puis hocha sèchement la tête.

Elle fit alors un vague mouvement de main, comme pour chasser un insecte. Du mouvement se fit entendre tout autour d'eux, comme si des dizaines d'animaux s'éloignaient du chemin où ils étaient, mais sans se presser, comme à contrecœur. Ces bruits dans les fourrés indiquèrent à Vivence que les ''loups'', ou du moins plusieurs d'entre eux, étaient partis.

— Vivence, voici ton nouveau protecteur. Loup, voici ton boulot. Tu le protégeras au péril de ta vie jusqu'à ce que le frère de son ancêtre se débarrasse de la menace pesant sur lui. Cela te va ?

Le ''loup'', qui devait être un loup-garou, grogna ce qui ressemblait à un oui, mais il semblait tout de même soulagé. Peut-être s'attendait-il à une demande bien pire que celle-là. À travers les mèches sombres qui entouraient son visage en boucles folles, son regard perçant étudiait Vivence, semblant l'évaluer silencieusement pour savoir s'il valait la peine de se donner du mal pour sa protection.

— Bien, déclara l'ensorceleuse en claquant dans ses mains. Puisque c'est réglé, je te le confie. Vivence, rentre rapidement, je ne voudrais pas que mon cher Antenore se fasse du souci inutilement. Si tu vois Cirillo, fuis sans chercher à papoter, c'est compris ?

— Oui…

— Parfait !

Et elle s'évapora dans les airs, laissant derrière elle un court instant une étrange lueur rougeâtre qui fut dissipée rapidement par les ombres.

Le loup qui avait été désigné comme gardien leva le visage en l'air un instant, inspirant profondément, puis verrouilla ses yeux sur le visage de Vivence qui retint de justesse un mouvement de recul.

— T'es humain ?

— Heu, oui…

— Un vrai ? Un normal ?

— Ouais, complètement normal…

— Bon. Tout le monde n'a pas de chance dans la vie.

Comment Vivence était-il sensé prendre cette remarque ? C'était un reproche ?

Sans se préoccuper du malaise de l'humain complètement normal, le loup-garou lui prit le bras et commença à le tirer à l'intérieur de la forêt, sans ralentir.

— Bon, viens par-là, il faut rejoindre un point d'accès rapidement. Il faut souvent du temps pour faire le transfert, et je ne suis pas assez puissant pour le faire de n'importe où. Mieux vaut que tu ne traînes pas trop longtemps sur ce territoire.

Vivence hocha la tête et commença à marcher à sa suite.

— Mais dis-moi, reprit le loup-garou en lui jetant un regard curieux, si t'es un humain ''complètement normal'', comme tu dis, pourquoi le Chaperon pense que tu as besoin d'un garde du corps ?

Il réfléchit un instant avant de répondre :

— Certainement parce qu'elle a été obligée. Je crois qu'elle et Antenore ne s'aiment pas beaucoup, alors il a dû lui forcer la main.

— Qui est Antenore ? Un humain ''complètement normal'' aussi ?

Pourquoi continuait-il de répéter cela ? Il lui donnait l'impression de se moquer de lui en le faisant. Malgré son envie de le remettre à sa place, Vivence répondit laconiquement :

— Non, c'est un vampire.

— Et comment ça se fait qu'un humain ''complètement normal'' connaisse un vampire capable de donner des ordres à une ensorceleuse ?

— Tu vas me poser des questions toute la journée ? Je ne sais même pas comment tu t'appelles !

— Je suis Klaus, répondit le loup-garou après un temps de silence. Et je me renseigne, c'est tout…

Vivence soupira discrètement, puis consentit à lui expliquer :

— Antenore est le frère de mon ancêtre, je suis sa seule famille restante. Et avant que tu me demandes, il faut me protéger parce que son Chasseur peut l'atteindre à travers moi.

— Un Chasseur ? Répéta Klaus en écarquillant les yeux. Ton vampire doit être vieux…

Vivence haussa les épaules.

— C'est un vampire, quoi.

— D'accord, mais cela fait longtemps que plus personne ne créait de Chasseur pour qui que ce soit. Genre quelques siècles quoi !

Ne répondant pas à cela, Vivence décida de lui exposer l'inquiétude qui ne l'avait pas quitté depuis qu'il avait compris que ce serait un loup garou qui allait vivre avec eux :

— Au fait, désolé de demander cela, mais les loup-garous ne détestent-ils pas les vampires ? Cela ne va pas poser de problème de cohabiter ?

Klaus lui jeta un regard mauvais, comme si Vivence l'avait gravement insulté.

— Faut pas faire de généralité. Et puis la discrimination, c'est naze.

Après cette réplique, Vivence n'osa plus rien dire jusqu'à ce qu'ils arrivent dans une sorte de clairière étrange, où aucun bruit d'animal ni froissement de feuille ne retentissait, rendant l'atmosphère angoissante. Sans en comprendre vraiment la raison, Vivence ressentit une violente répulsion pour l'endroit et souhaita ardemment s'en aller. Sourd à ses désirs, Klaus lui attrapa le bras et le maintint en place.

— Si tu veux retourner dans la Grotte, vaut mieux ne pas me lâcher et partir dans l'autre sens, tu sais.

Puis il sembla réaliser quelque chose et soupira d'un air las :

— C'est vrai que t'es humain… Écoute, reste à côté de moi et tout ira bien.

Suite à cela, il sembla prononcer quelque chose dont Vivence ne comprit pas le sens, probablement une formule magique ou un mot de passe. Dès qu'il ferma la bouche, Vivence se sentit brutalement aspiré et voyagea d'une manière bien moins agréable que ce qu'il avait fait précédemment, tant et si bien qu'il se retrouva à quatre pattes sur le sol de la Grotte, haletant et confus. Cette fois, c'était encore pire que le voyage avec Antenore, et il était au bord de la nausée.

— Ah oui, les normaux supportent moins bien le voyage, j'avais oublié… Ça va ?

— J'ai le tournis…

— Ça va passer, lui répondit Klaus sans compassion. Allez lève-toi !

Il lui prit le bras et le força à se mettre sur ses pieds. En le lâchant, il lui demanda :

— Il habite où ton vampire ?

Vivence essaya de lui désigner un étage mais sa vision se troubla et il perdit l'équilibre. Quand il se reprit, il constata qu'il était à plat ventre, le visage presque dans l'eau. Il ferma les yeux à cause d'un second vertige et soudain, on lui saisit le visage et quelque chose de très gluant et froid se posa sur ses lèvres et son nez, comme si quelqu'un couvert de boue l'embrassait, ou qu'on lui écrasait une éponge sale sur la moitié du visage.

Quelqu'un lui agrippa soudain les pieds et il fut brusquement tiré en arrière avant de décoller du sol, s'arrachant de l'étreinte de ce qu'il découvrit être une espèce de femme bleue. Elle lui fit un sourire découvrant une trop longue ligne de dents pointues avant qu'elle ne plonge dans l'eau, laissant voir l'espace d'un instant une nageoire fluorescente, avant de disparaître.

Klaus hurlait à ses oreilles :

— Non mais tu vas pas bien ! T'as quoi dans le crane à t'approcher d'une sirène comme ça ? J'espère que t'es content maintenant !

Vivence ne comprenait pas bien ce qui le mettait dans une telle colère. Il s'essuya le visage d'un revers de la manche et déglutit pour se débarrasser du goût que le contact avait laissé dans sa bouche.

D'une impulsion sur le bras qu'il tenait, Klaus l'éloigna encore plus de l'eau et lui ordonna :

— Amène-moi à ton vampire et vite, il pourra peut-être faire quelque chose.

Dans un état second, Vivence monta les étages de la Grotte, croisant les personnes qui s'écartaient vivement de lui en le voyant. Se sentant toujours gluant, il supposa qu'il ne devait vraiment pas donner envie de s'approcher.

— Tu peux pas marcher plus vite ? S'énerva Klaus en tirant son bras.

— On est arrivé, c'est la porte, là.

Sans attendre une seconde de plus, le loup-garou frappa trois coups vigoureux et se retourna fusiller Vivence du regard le temps qu'Antenore n'ouvre la porte. Sans attendre une seconde de plus, le loup-garou déclara :

— Une sirène l'a embrassé.

Antenore porta son attention sur Vivence et leva un sourcil en voyant son état.

— Oh.

— « Oh » ? répéta Klaus d'un air plutôt furieux. C'est tout ce que vous avez à dire ?

— Il y a aussi « tu ferais mieux de prendre une douche », répondit tranquillement le vampire. Vivence, tu en as partout, c'est plutôt dégoûtant. Tu connais le chemin de la salle de bain.

Vivence commença à s'avancer pour s'y rendre mais Klaus le retint, sans la moindre délicatesse. Il ferma la porte derrière lui, les enfermant tous les trois dans les appartements du vampire, et insista :

— Je crois que vous ne m'avez pas compris, là. Il s'est fait embrasser par une sirène !

— J'ai bien compris mais il est trop tard. Alors tout ce qu'on peut faire maintenant, c'est laver cette vilaine bave de son menton et de lui expliquer calmement ce qui va lui arriver. Sous la douche, Vivence.

L'humain prit le temps de les dévisager tous les deux avant de s'exécuter, rejoignant la salle de bain où il s'enferma en silence.

Peu de temps après son arrivée dans ce monde, il s'était plaint de l'état de saleté qui le décourageait de se rendre dans la petite pièce. Antenore l'avait alors faite nettoyer, et elle était désormais bien plus accueillante. Les toilettes étaient toujours dépourvues de chasse d'eau, mais la cuvette avait été nettoyée. Il y avait également une « douche », qui était en fait une sorte de baquet qui se remplissait et se vidait d'une eau jaillissant à même la roche et y retournant après le bassin. De même, un autre bassin, plus petit et légèrement plus en hauteur, faisait office de lavabo.

Sans perdre de temps, il se déshabilla et alla s'asseoir sur le petit banc en bois qui faisait face au lavabo. Il se lava le visage, plongeant la tête dedans tout en passant ses mains humides dans son cou pour effacer toutes les traces qu'il sentait, se désolant de l'absence de miroir. Il se dirigea ensuite vers la douche mais il n'y resta pas longtemps, se disant qu'il avait déjà enlevé le plus gros dans le lavabo. Il en profita juste pour arroser abondamment sa bouche, à défaut d'avoir du dentifrice pour se la laver correctement.

Durant ce temps, il chercha ce qui avait pu mettre Klaus dans une telle colère. Bon, il était tombé et s'était fait « embrassé » (même si ce n'était pas le terme qu'il aurait employé) par une créature plus effrayante que jolie. Mais qu'est-ce que cela avait de si horrible, au juste ? Il était incapable de comprendre la réaction de son nouveau gardien. Visiblement, il y avait quelque chose qui lui échappait.

Une fois séché et habillé, il sortit de la petite salle pour trouver le frère de son ancêtre et le loup-garou assis face à face, se fixant d'un air tranquille pour Antenore et franchement mal-aimable pour Klaus. Son arrivée les fit détourner le regard l'un de l'autre pour lui prêter attention.

— C'est bon, on peut le mettre au courant maintenant ?

Malgré le ton sec que le loup-garou avait employé, Antenore ne sembla pas s'énerver outre mesure et hocha la tête avant d'inviter Vivence à les rejoindre, ce qu'il fit avec hésitation. Le vampire commença alors à lui expliquer :

— Vois-tu comment les kangourous… Non, plutôt, vois-tu comment font les hippocampes pour avoir des bébés ?

Klaus poussa un grognement de mécontentement et Vivence secoua la tête de gauche à droite. Tout ce qu'il savait sur cette espèce, c'était qu'ils ressemblaient à des chevaux marins, ses connaissances s'arrêtaient là.

— Et bien la maman et le papa se font des bisous et un peu plus, cela créait un, enfin dans le cas des hippocampes ça peut aller jusqu'à quelques centaines, demi-hippocampes tout petits et pas encore finis, et c'est le papa qui les prend dans son ventre pour les…

— En gros, le coupa Klaus d'une voix sèche, la sirène t'a mis enceint.

Vivence cligna des yeux.

— C'est à dire ?

Sa voix était un peu cassée et incertaine. Son esprit avait du mal à analyser la nouvelle, à lui donner une forme concrète et une réelle signification. Il ne pouvait s'empêcher d'essayer de faire le rapprochement entre les hippocampes et les sirènes, cherchant des points communs physiques, se concentrant là-dessus plutôt que sur la phrase de Klaus qui n'avait vraiment aucun sens.

Mais comme pour le désenchanter, Antenore lui répondit :

— Les sirènes sont toutes des femelles, elles se reproduisent avec les mâles des autres espèces en leur… comment dire cela de façon jolie… En leur pondant un œuf dans la bouche pour qu'il grandisse dans le ventre du mâle !

Vivence ne trouvait pas cette formulation particulièrement ''jolie'', mais n'osa rien dire.

— Tu as donc avalé son œuf qui va grandir en toi. Si tu veux, je pourrais demander à une sorcière de t'aider à accoucher sans trop de douleur.

— Accoucher ? Répéta Vivence d'une voix un peu trop aiguë.

— Oui, accoucher. Enfin, l'œuf finira par devenir trop gros pour toi à un moment où un autre, alors soit tu le laisses sortir, soit il va t'écraser les organes internes, voir les os, et tu finirais très probablement par en mourir. Donc, personnellement, je te conseille d'accoucher.

Déglutissant, Vivence hocha la tête, il se redressa, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, se rassit parce qu'il ne savait pas quoi dire, puis se prit la tête dans les mains.

Pourquoi la vie était-elle devenue aussi compliquée… ?

..

.

Langoureuses et effrayantes

Elles prennent le corps des hommes

Les attirent de leur chant séducteur

Et les dévorent de l'intérieur

Danse et danse dans l'eau sombre

Chante et chante dans l'air froid

Les fous viendront quand il sera temps

Et elles seront là.

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