Au Diable la Foi

Prologue : la mort du frère

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Ils nous disaient de craindre Dieu et sa punition céleste. Ils nous disaient de vaincre le Diable et de ne pas céder à la tentation… Oui, les prêtres ont dit beaucoup de choses, et maintenant encore, je me demande si eux-mêmes y croyaient.

Enfin, tout cela n'a plus d'importance, aujourd'hui. Cela fait bien longtemps que je ne suis plus du côté des ''brebis'' et qu'ils ne prennent plus la peine de me faire des sermons. Après tout, mon entrée au paradis m'est désormais définitivement interdite. Et c'est tant mieux : même au temps de mon humanité, ce destin ne me faisait pas envie.

À cette époque-là, j'étais battu par mon père, méprisé par ma mère, les gens du village me prenaient pour un fou et le curé avait déjà des raisons de me détester. Il n'y avait bien que mon frère pour me protéger de tout cela.

Et maintenant, et bien, j'ai tué mon père d'une manière aussi violente qu'il me battait, j'ai livré ma mère à mes semblables et mon village a été dévasté par un immense feu de joie, à l'image de mon ressentiment. Ma colère s'est calmée depuis, et c'est tant mieux.

Bien des années sont passées depuis ce temps-là, et tous ceux qui m'avaient causé du tort autrefois ne sont plus là pour me le rappeler.

Oui, tous les humains décèdent un jour, tout comme mon grand frère couché dans son lit de mort, aujourd'hui.

Ces chiens de religieux ont refusé de lui offrir une cérémonie, car tout le monde, même en dehors de mon ancien village, sait qu'il m'a toujours aidé après ma transformation. Il m'a nourri et m'a caché des prêtres lorsque j'étais trop faible pour les combattre. Il s'est opposé à tout ce qui pourrait me faire du mal.

Cela importe peu qu’ils ne veulent pas s’occuper de sa mort, au fond, puisqu'ils ne méritent pas sa dépouille. Je m'occuperai moi-même de prendre soin de son corps, de l'enterrer de mes propres mains, sans croix au-dessus de sa tombe.

— Est-ce que Père va se relever ? Demanda la voix fluette de mon neveu.

Je me tournai vers lui et le dévisageai longuement.

Il était tout mince, avec ses immenses yeux timides et ses lèvres pourpres. Pour l'instant, il a la carrure d'un gringalet, tout comme moi, mais il grandira bien et deviendra un bel homme fort dans le futur, comme son père.

— Non, il ne se relèvera plus, répondit-il honnêtement.

— Mais toi aussi, tu étais mort avant, non ? Mon papa ne peut pas…

— Vittorio.

Le garçon se tut, pinçant ses lèvres pour retenir les larmes qui envahissaient ses yeux. Je m'accroupis face à lui et lui prit le visage entre mes doigts.

— Vivre pour l'éternité ne doit jamais être un but en soi. Ton père le savait, il n'a jamais demandé à ce que je le transforme. Tu ne dois pas non plus vouloir cela, d'accord ?

— Oui, mais maintenant, je vais être seul…

— Non, je vais t'amener chez quelqu'un qui prendra soin de toi.

— Je peux pas rester avec toi, mon oncle ? Demanda Vittorio alors que les larmes commençaient à rouler sur ses joues.

Je les essuyais lentement puis lui embrassa le front, avec douceur.

— Les mortels ne devraient pas demander ce genre de chose...

Non, les mortels devraient vivre dans l'insouciance puis dans la peur de mourir... Pas dans le regard assoiffé d'un vampire tel que moi.

— Ne m'oublie jamais, d'accord ? Et n'oublie pas que tu es éternellement lié à moi. Je trouverai un moyen pour que tu puisses m'appeler n'importe quand, si un jour tu as besoin de moi. Ne t'inquiète pas.

— Oui mon oncle…

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La première nuit comme le premier jour

Et le dernier jour comme une longue nuit,

Le garçon s'éveille dans le sang

De son frère usé par la vie.

Le garçon se lamente pour la dernière fois

De la faiblesse humaine

Puis quitte le monde des mortels

Et sombre en enfer...

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