La vie n'est pas une histoire

Les humains n'ont jamais été aussi arrogants et sûrs d'eux que durant notre époque.

Alors que les membres de leur propre espèce étaient devenus leurs uniques prédateurs, les humains allaient jusqu'à s'inventer des menaces pour nourrir leur imaginaire au quotidien, jusqu'à croire qu'ils pourraient s'en sortir même face à des dangers tout à fait improbables.

Mais improbable n'est pas impossible, et un jour, un virus transforma une part de l'humanité en êtres dangereux, meurtriers et dénués de sentiments ou de raison : les zombies.

Nourris par les films, séries et livres parlant de ces créatures qu'ils croyaient jusqu'alors imaginaires, beaucoup se crurent capables de les affronter et d'y survivre. De nombreux humains restèrent donc près des sources de la zombification, sans même prévenir les autorités. Ils prenaient leur peur instinctive pour de l'excitation, persuadés de pouvoir faire face aux zombies armés de pelles ou de pistolets. Ils croyaient honnêtement connaître leurs points faibles et la façon de les combattre. Alors, bien entendu, ils se firent rapidement massacrer ou contaminer.

C'est le risque de confondre les films et la réalité.

Heureusement, les autorités prirent les choses en main. Ils mirent en quarantaine les lieux concentrant le plus d'infectés, impossibles à éliminer, et cherchèrent activement une solution pour se débarrasser de ceux en liberté.

Afin de coupler l'action des forces de l'ordre, les gouvernements choisirent de mettre toutes leurs chances sur un groupe scientifique ayant analysé le comportement des zombies. Ceux-ci avaient découvert qu'ils n'attaquaient pas les autres espèces. La défense animale était donc une solution pour protéger l'homme.

Les scientifiques optèrent alors pour des hybridations, consistant à inclure des gènes animaux dans l'ADN de la population humaine, et le faire en masse.

Ils auraient pu se contenter de dresser des animaux au combat, puis en fournir un par famille, par exemple. Mais ce n'était pas une solution suffisamment impressionnante, suffisamment spectaculaire, contrairement aux garous. Et les porteurs du projet aimaient le spectaculaire.

Cette nouvelle espèce nommés « garous » n'avait que peu à voir avec les loups-garous de nos mythologies. En premier lieu, la lune n'avait pas d'influence sur leur caractère ou leur forme, mais surtout, ils n'étaient pas à moitié loup. Trouver des loups pour faire des hybridations était de l'ordre de l'impossible dans la mesure où, comme pour tous les prédateurs, les hommes les avaient quasiment fait disparaître. Les hybridations se firent donc avec d'autres espèces, des chiens ou des ours pour ceux chargés d'attaquer et de traquer les zombies. De nombreuses personnes demandèrent également à subir l'hybridation dans le but de se protéger des zombies, sans aller les affronter. Ceux-là furent donc associés à des lapins, des rongeurs, ou toute sorte d'animaux de compagnie.

Les garous les plus féroces furent entraînés au combat. On leur fournit des armes toutes plus efficaces et destructrices les unes que les autres, là encore, pour le spectacle plus que par nécessité. Ils furent envoyés sur le terrain dès que les scientifiques découvrirent que les zombies finissaient par mourir une fois la tête et le cœur séparés du reste du corps, et non pas simplement endommagé comme les fictions le faisaient croire.

Comme les zombies ne réagissaient pas à la présence des hybrides et que les sens décuplés des garous leur permettaient de les débusquer plus efficacement, l'extermination des zombies avança très rapidement, et tout le monde en était satisfait.

Le fait est que, contrairement aux films, l'histoire ne s'arrête pas à la victoire des personnages principaux sur leur(s) adversaire(s).

Ainsi, quand les garous se retrouvèrent sans mission définie, leur instinct animal se mit à prendre parfois le dessus sur leur humanité. Et une nuit, l'un d'entre eux perdit la maîtrise de ses instincts et tua une femme puis les quatre policiers venus l'arrêter.

Suite à ce drame, bien entendu très médiatisé, un climat de méfiance s'installa. Les humains « complets » mirent les garous à distance de leurs activités, leur faisant clairement comprendre au quotidien leur crainte et leur dégoût. Cela provoqua bien sûr la colère et la violence des garous, confirmant malgré eux les a priori des autres, et ainsi de suite. La société se retrouva alors bloquée dans un cercle vicieux qui détruisit la paix sociale à peine installée.

Tous les garous considérés comme « prédateurs » furent expulsés des villes et interdits d'entrer en contact avec les humains, tandis que les autres furent contraints de devenir les esclaves ou animaux de compagnie des vrais humains.

Mais ce comportement, mû par crainte de la part animale des garous, provoqua la fureur de leur part humaine.

Avides de vengeance et toujours armés, les garous débusquèrent quelques zombies rescapés des précédentes exterminations et les lâchèrent dans chacune des villes les ayant chassés, ce qui permit la libération des hybrides qui y étaient enfermés. Ils procédèrent ensuite méthodiquement à la destruction de chaque agglomération, chaque village, chaque lieu-dit, traquant tout humain caché. Peu à peu, ils perdirent la notion même du concept d'innocence : tous étaient coupables, des vieillards aux bambins, sans distinction.

Et dans leur folie, ils anéantirent l'humanité.

Car comme tout hybride, les garous étaient stériles et ne pouvaient avoir de descendants. Quant aux zombies, ils ne se nourrissaient que d'humains et n'avaient pas d'autre moyen de survie. Alors, en quelques décennies, le monde fut débarrassé de toute forme de vie humanoïde.

 

Souvent, les histoires, films comme livres, sont divisées en trilogies. Ici, la première partie aurait concerné l'attaque des zombies, la seconde celle des garous, mais il n'y aurait eu personne pour vivre la troisième.

 

Après tout, la vie n'est pas une histoire.

Disclaimer : Le texte n'est pas libre de droit, et l'histoire comme les personnages sont un produit de mon imagination, ils m'appartiennent. Merci de ne pas les utiliser sans autorisation.

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